Article parut dans "Le Monde de la Musique" n°309 mai 2006 qui m'a beacoup interessé :
LA CONTREBASSE DU XXIème SIECLE
(la "B21")
Au XIXème siècle, il y eut Jean-Baptiste Vuillaume et son étonnante octobasse qu'il fallait jouer juché sur une estrade. Ajourd'hui, Patrick Charton signe une fantastique contrebasse qui fait honneur a son créateur.
La contrebasse tient incontestablement une place à part dans la lutherie des instruments du quatuor à cordes, tant le jeu des contrebassistes a évolué, aussi bien à l'orchestre que dans le répertoire soliste. Inventeur de la contrebasse en 1638, Amati en a fixé le dessin et la construction, dont les principes sont encore en vigueur aujourd'hui dans de nombreuses copies de grands maîtres italiens. Afin d'échapper au choix très restreint de contrebasses françaises étroites d'épaules, et ceci d'autant plus qu'au début du XXème siècle il était courant de recouper de magnifiques instruments de Gand, Bernadel, Blanchard, et de contrebasses allemandes peinant à sortir des harmoniques aigus, Patrick Charton s'est mis en quête d'un instrument moderne.
Luthier depuis plus de vingt ans, il s'est distingué par l'excellence de sa production qui lui a valu de nombreses distinctions, parmi lesquelles la médaille d'or pour la contrebasse au concours international de Portland (Etats-Unis), en novembre 2004, organisé par la Violin Society of America; la médaille d'argent en catégorie violoncelle, mais aussi, en 2004, le Prix de la sonorité au concours Vatelot, pour un alto et un violoncelle. Sans oublier la médaille d'or remportée au concours de la Ville de Paris en 1991 pour une contrebasse.
S'AFFRANCHIR DU BAROQUE
Patrick Charton s'est intéressé à l'école de Venise, plus particulièrement à Domenico Montagnana(1686-1750) dont il a effectué de nombreux relevés sur la seule contrebasse au monde de ce célèbre luthier italien.
Les idées du luthier Vincenzo Panormo le séduisant également, il produit en 2001 une contrebasse s'insiprant de ces deux grand luthiers avec un fond bombé et plié en haut à la manière des violes de gambe. La contrebasse de Charton gagne en volume d'air, ce qui permet une meilleure amplification des graves. Visuellement, l'instrument est assez large d'épaules pour amplifier les graves et assez échancré pour jouer du grave à l'aigu sans problème, rappelant un peu les formes du violoncelle. Patrick Charton travaille avec le contrebassiste Daniel Marillier sur ce projet.
Mais dès 2002 s'opère un changement de cap puisqu'il décide de s'affranchir de la forme baroque. Il mène une nouvelle reflexion autour du dessin de l'intrument afin d'en optimiser la sonorité et le confort de jeu. Son ambition : concevoir un instrument du XXIème siècle.Ce sera le modèle B 21.
La première idée est de trouver une forme nouvelle propre à favoriser le développement sonore. S'inspirant de l'école vénitienne, la contrebasse B 21 a des épaules plus larges. Le nouveau dessin des ouïes va dans le sens d'un assuoplissement de la table d'harmonie désormais beaucoup plus nerveuse et qui entre en vibration de manière plus sensible. De son côté le tasseau supérieurest considérablement réduit de façon à rendre le manche basculant.
TROIS REVOLUTIONS
En fait, l'idée initiale était de résoudre les problèmes de hauteur de cordes (distance entre les cordes et la touche) si fréquent lors des variations hygrométriques. Zinsi, à l'aide d'une petite clé à six pans qui sa place sur la tête, Charton rend possible, et d'une manière très aisée, le réglage de la hauteur des cordes, qui se fait de manière micrométrique. De cette idée résulte le démontage du manche, facilitant considérablement le transport de la contrebasse.
Patrick Charton en a également profité pour créer un deuxième manche, en option, comportant cinq cordes. La contrebasse descend alors au do grave au lieu du mi grave dans le modèle à quatre cordes. Mais comme la cinquième corde représente 20 kilos d'effort de tension supplémentaire, il a fallu imaginer une pression réglable sur le chevalet. C'est chose faite à l'aide du cordier qui ne s'attache plus autour de la pique mais dans une ancre réglable fixée dans la partie inférieure de la table d'harmonie. On peut ainsi faire varier l'enfoncement de l'ancre, ce qui a pour effet de faire varier aussi la pression des cordes sur le chevalet.
Dernière grande inovation : l'âme réglable par le musicien, qui peut dorénavant ajuster lui-même la sonorité de l'instrument à l'aide de la même petite clé qui actionne un système de vissage-dévissage de l'âme sur le fond de l'instrument. C'est un véritable tabou que s'est attaqué Patrick Charton en proposant ce système de réglage de l'âme, tant est forte la mythologie concernant les régalges de sonorités, particulièrement celui de l'âme sur les instruments du quatuor à cordes ! Enfin, cette merveilleuse contrebasse existe aussi en matériau composite et s'appelle alors C 21. Elle a été faite en collaboration avec Jean-Louis Bleton, qui a révolutionné la vieille à roue, les éclisses et le fond.
Site de Patrick Charton : (*)